Que mange un cheval ? C’est l’une des premières questions que se pose tout propriétaire débutant ou cavaliers expérimentés . La réponse pourrait sembler simple, mais l’alimentation du cheval est en réalité un équilibre délicat, qui varie selon l’âge de l’animal, son niveau d’activité, la saison, et son état de santé général. Mal nourrir un cheval, que ce soit par excès ou par manque, peut entraîner des troubles digestifs graves, des problèmes de comportement, des maladies métaboliques, voire mettre sa vie en danger.
Le cheval est un herbivore monogastrique, c’est-à-dire qu’il n’a qu’un seul estomac, de petite taille, conçu pour recevoir de petites quantités de nourriture en continu tout au long de la journée. Dans la nature, un cheval pâture entre 16 et 18 heures par jour, avançant lentement à la recherche de végétation variée. C’est cette réalité biologique qui doit guider toute décision autour de son alimentation, qu’il soit cheval au pré, en box, cheval qui travaille ou vieux cheval en fin de carrière.
Notre guide complet vous accompagne sur tous les aspects de l’alimentation équine : les aliments pour chevaux indispensables, les règles à respecter pour les concentrés, l’hydratation, l’adaptation selon l’activité (cheval au pré ou cheval qui travaille) les besoins spécifiques du vieux cheval et les bonnes pratiques de gestion du stock.
Que mange un cheval : Le fourrage avant tout
Le foin et l’herbe, socle de toute alimentation équine
Avant de parler d’aliments pour chevaux élaborés, de granulés ou de compléments en tout genre, il faut revenir à l’essentiel :
- Le fourrage est la base absolue de l’alimentation du cheval. Herbe ou foin, les fibres qu’il contient sont indispensables au bon fonctionnement du transit intestinal. Sans fibres en quantité suffisante, le microbiote intestinal du cheval se dégrade, le risque de coliques augmente, et l’acidité de l’estomac monte dangereusement, pouvant provoquer des ulcères gastriques.
- L’herbe fraîche, lorsqu’elle est disponible, apporte une alimentation riche en vitamines, en eau et en éléments nutritifs variés. Elle est très appréciée des chevaux, qui peuvent y passer une grande partie de leur journée.
- Le foin sec, lui, reste la source d’énergie de base la plus stable sur toute l’année, indépendamment des saisons. Il constitue un aliment pour chevaux de référence, accessible, facile à stocker et parfaitement adapté à la physiologie du cheval.
Ce qui est certain, c’est que nourrir les chevaux commence toujours par garantir un apport suffisant en fourrage. Tout le reste, concentrés, compléments et suppléments, vient en complément de ce socle.
Calculer la bonne quantité de foin selon le poids
Que mange un cheval : règle des 1,5 à 2 % du poids vif
Pour savoir combien de foin donner à votre cheval, la règle de base est simple : comptez entre 1,5 et 2 % de son poids vif par jour. Pour un cheval de 500 kg, cela représente donc entre 7,5 et 10 kg de foin par jour, ce qui est un minimum pour couvrir ses besoins en fibres et en énergie de base.
Cette quantité peut sembler importante, mais il ne faut pas la réduire arbitrairement. Un apport insuffisant en fibres expose le cheval à des problèmes de santé sérieux : coliques, comportements stéréotypés (tic à l’ours, martelage du sol), syndrome de pica (comportement consistant à manger des matériaux non alimentaires comme le bois), et détérioration du microbiote intestinal.
Au début, pesez toujours vos rations. L’œil du propriétaire peut être trompeur, notamment avec la densité variable du foin selon la récolte. Un peson suspendu dans l’écurie est un investissement modeste qui évite bien des erreurs. Une fois que vous avez l’habitude, vous pourrez ajuster à l’œil, mais pas avant.
Lili, propriétaire témoigne : « La nuit, nous mettons pour un cheval, l’équivalent d’un filet à foin de taille moyenne. Cela évite le gaspillage au sol et totalement suffisant, il n’est pas totalement terminé le lendemain ».

Nourrir les chevaux : La qualité du foin et son impact sur les poumons
Un foin de mauvaise qualité peut endommager les bronches
La qualité du foin est aussi importante que la quantité. Un foin poussiéreux, mal séché ou légèrement moisi est un danger réel pour la santé respiratoire du cheval. Les spores de moisissures présentes dans un foin de mauvaise qualité peuvent déclencher des crises d’emphysème équin (aussi appelé COPD ou souffle), une maladie respiratoire chronique irréversible qui affecte profondément la qualité de vie de l’animal.
Pour évaluer la qualité d’un foin avant de l’acheter, apprenez à le sentir (il doit avoir une odeur fraîche et herbacée, jamais rance ou terreuse), à l’observer (absent de moisissures visibles, de couleur verdâtre à dorée, pas gris ni brun), et à le secouer (un bon foin ne produit pas de nuage de poussière).
Que mange un cheval : Le trempage, solution simple et efficace
Si votre foin est légèrement poussiéreux mais encore nutritionnellement valable, le trempage est une technique recommandée. Plongez votre filet de foin dans un bac d’eau pendant 20 à 30 minutes avant de le distribuer. Cette opération plaque les poussières et les spores au fond du bac, et le cheval consomme un foin nettement moins irritant pour ses voies respiratoires.
Attention : ne secouez jamais le foin à l’intérieur d’une écurie fermée. Les poussières se dispersent dans l’air que le cheval respire ensuite, ce qui aggrave les problèmes respiratoires au lieu de les résoudre.
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Les concentrés : Quand les introduire et comment les doser ?
Que mange un cheval : granulés, ni systématiques, ni anodins
La question des concentrés, granulés, floconnés ou céréales, revient souvent dans les conversations autour de nourrir les chevaux. Ces aliments apportent une énergie plus dense que le fourrage, ce qui peut être utile dans certains cas précis. Mais ils ne doivent jamais être distribués par habitude ou par excès de générosité, car les risques sont réels.
Quand introduire des concentrés ? Lorsque le foin seul ne suffit plus à maintenir l’état corporel du cheval : si ses côtes deviennent visibles malgré un fourrage à volonté, si son activité physique est soutenue et régulière, ou si ses besoins nutritionnels spécifiques (gestation, lactation, croissance) ne peuvent pas être couverts par le seul fourrage.
Les trois règles d’or pour les concentrés
- Première règle : ne jamais dépasser 2 kg par repas. L’estomac du cheval est petit (environ 15 litres de capacité), et s’il reçoit trop de concentrés en une fois, la nourriture passe trop rapidement dans l’intestin grêle sans être correctement digérée, ce qui provoque des fermentations, des douleurs, et potentiellement une colique.
- Deuxième règle : respecter la régularité des horaires. Le système digestif du cheval anticipe les repas et se prépare hormonalement à les recevoir. Un décalage régulier de plus d’une heure perturbe ce mécanisme et augmente le risque de troubles digestifs.
- Troisième règle : fractionner en plusieurs petits repas. L’idéal est de répartir la ration quotidienne en deux ou trois repas minimum, pour ne jamais surcharger l’estomac en une seule fois.
Aliments pour chevaux sensibles sans amidon
Pour les chevaux sujets aux coups de sang, aux fourbures ou aux syndromes métaboliques, les aliments pour chevaux sans amidon sont une alternative intéressante. Ils remplacent les glucides rapides par des lipides (huile végétale, graines de lin) et des fibres digestibles, ce qui fournit une énergie plus lente et plus stable sans les pics d’insuline associés aux céréales. Le comportement du cheval est souvent plus calme, et le risque de troubles métaboliques nettement réduit.

Eau et minéraux : Les bases de l’hydratation
30 à 50 litres d’eau par jour, minimum
L’hydratation est aussi fondamentale que l’alimentation solide. Un cheval boit entre 30 et 50 litres d’eau par jour selon la température, son niveau d’activité et le type de fourrage consommé (le foin sec déshydrate davantage que l’herbe). Cette eau doit être propre, fraîche (mais pas glacée en hiver), et accessible en permanence.
En hiver, vérifiez quotidiennement l’état des abreuvoirs pour éviter le gel. Un cheval qui ne boit pas suffisamment est exposé aux coliques de stase, où le contenu intestinal s’accumule faute d’être bien hydraté. En cas de doute sur l’hydratation de votre cheval, réalisez le test du pli de peau : pincez doucement la peau de l’encolure et relâchez. Si elle ne revient pas immédiatement à sa position initiale, le cheval est probablement déshydraté.
Que mange un cheval : pierre à sel, un besoin permanent
Quel que soit le régime alimentaire de votre cheval, une pierre à sel doit toujours être disponible en libre-service. Le sodium est un minéral essentiel que le cheval perd abondamment par la transpiration, et qu’il ne peut pas stocker durablement dans son organisme. Une simple pierre de sel pur permet au cheval de réguler lui-même ses besoins.
Des blocs enrichis en oligo-éléments (sélénium, magnésium, zinc) existent également et peuvent compléter les apports selon la qualité de l’herbe disponible dans votre région. Vérifiez régulièrement que le bloc est propre et accessible, car un bloc souillé sera systématiquement boudé.
Nourrir les chevaux qui travaillent : Adapter la ration à l’effort
L’énergie doit correspondre à la dépense réelle
Nourrir un cheval qui travaille régulièrement demande une attention particulière à l’équilibre entre apports et dépenses énergétiques. Un cheval en compétition ou en travail intensif quotidien brûle beaucoup plus de calories qu’un cheval de promenade hebdomadaire. Ajuster la ration sans précision, c’est risquer soit la sous-alimentation (le cheval maigrit, se fatigue, manque de tonus), soit la suralimentation (comportements excités, risques métaboliques, fourbure).
| Niveau d’activité | Type d’effort | Base de la ration | Complément suggéré |
| Repos | Entretien | Foin à volonté | Pierre à sel |
| Travail léger | 1 à 3h par semaine | Foin de qualité | Granulés de maintien |
| Travail modéré | Régulier | Fourrage de base | Floconnés sport |
| Travail intense | Compétition | Fourrage et lipides | Électrolytes |
Les électrolytes après l’effort
La sueur du cheval contient des sels minéraux (sodium, potassium, chlore, magnésium) qui doivent être compensés après un effort soutenu ou par temps chaud. L’eau seule ne suffit pas à cette récupération. La distribution d’électrolytes, soit dans l’eau, soit directement en seringue dans la bouche, relance la soif, favorise la réhydratation et accélère la récupération musculaire. Pensez toujours à proposer de l’eau claire en parallèle pour que le cheval puisse doser lui-même.
Cheval au pré : Les pièges à éviter
L’herbe printanière, un danger sous-estimé
Le cheval au pré bénéficie d’une alimentation naturelle idéale, riche et variée, qui correspond parfaitement à sa physiologie. Mais la vie au pré n’est pas sans risques, et le pire piège de l’année se cache au printemps.
1-L’herbe jeune du début de saison est extrêmement riche en sucres rapides (fructanes), bien plus que l’herbe mature de l’été. Pour les chevaux à tendance foubeuse ou métaboliquement sensibles, cette richesse peut déclencher une fourbure en quelques jours, voire en quelques heures.
Pour nourrir les chevaux au pré en sécurité au printemps, plusieurs stratégies existent : limiter les heures de pâturage (sortir le cheval uniquement le matin avant que le soleil monte et que les sucres se concentrent dans les tiges), utiliser un panier de régime pour ralentir l’ingestion, ou créer un paddock de terre limité avec accès contrôlé à la prairie.
Que mange un cheval ? l’herbe seule suffit-elle ?
En période de pousse abondante, un cheval de petit gabarit ou peu actif n’a souvent besoin de rien d’autre que de sa prairie. Mais en été lors des sécheresses, ou à l’automne quand l’herbe se raréfie, il faut compléter avec du foin pour maintenir les apports en fibres. Surveillez régulièrement l’état corporel de votre cheval, car le poil et la condition musculaire peuvent cacher des évolutions lentes difficiles à détecter à l’œil non entraîné.

Vieux cheval : Une alimentation adaptée à chaque étape du vieillissement
Les défis spécifiques du cheval âgé
Nourrir un vieux cheval demande une attention particulière, car les besoins et les capacités digestives évoluent significativement avec l’âge :
- Les dents s’usent progressivement, les molaires ne broyant plus aussi efficacement les fibres longues et les grains entiers.
- La capacité à digérer et à assimiler les protéines diminue.
- Le système hormonal devient plus fragile, avec un risque accru de syndrome de Cushing équin (dysfonctionnement de la pars intermedia de l’hypophyse), qui modifie profondément le métabolisme.
Pour un vieux cheval dont les dents sont en mauvais état, il faut adapter la texture des aliments : foin haché ou soakable (qui se ramollit dans l’eau), granulés extrudés à tremper, pulpe de betterave humidifiée. Ces textures molles permettent une consommation normale sans risque de bouchon œsophagien.
Maintenir la masse musculaire et prévenir les ulcères
La fonte musculaire est l’un des signes les plus fréquents du vieillissement chez le cheval. Pour la contrer, il faut augmenter les apports en protéines de haute qualité et digestibles, notamment en acides aminés essentiels comme la lysine et la méthionine. Des compléments spécialement formulés pour les seniors existent et permettent de cibler ces besoins précis.
Les douleurs gastriques et les ulcères sont également fréquents chez les chevaux âgés. Ne laissez jamais un senior sans fourrage pendant plus de quatre heures, car l’estomac vide produit de l’acide chlorhydrique qui attaque la muqueuse gastrique. Le foin doit rester la base de la ration, même chez les chevaux très âgés.
Pesez ou photographiez votre vieux cheval régulièrement, car le poil d’hiver peut masquer une maigreur progressive qui s’installe insidieusement. Il est toujours plus facile de maintenir le poids d’un senior que de lui faire reprendre les kilos perdus.
Que mange un cheval : Bien gérer ses stocks et lire les étiquettes
La transition alimentaire : progressivement sur dix jours minimum
Tout changement d’alimentation doit se faire progressivement, sur au moins dix jours. Que vous changiez de marque de granulés, que vous passiez du pré au box à l’automne, ou que vous introduisiez un nouveau fourrage, le microbiote intestinal du cheval a besoin de ce temps pour s’adapter sans se déséquilibrer. Un changement brutal peut provoquer des diarrhées, des coliques ou une modification brutale du comportement.
Lire les étiquettes des sacs d’aliments
Ne vous fiez pas uniquement à la présentation marketing d’un produit. Retournez le sac et lisez les garanties analytiques :
- Le taux de protéines brutes (autour de 10 à 12 % pour un aliment d’entretien)
- Le tauxde cellulose brute (indicateur des fibres)
- Taux de matières grasses
- Et la liste des ingrédients par ordre décroissant.
Méfiez-vous des produits qui contiennent beaucoup de mélasse en tête de liste, souvent signe d’un produit peu qualitatif dont le goût a été masqué.
Stocker correctement pour éviter les moisissures
L’humidité est l’ennemi numéro un de vos stocks d’aliments. Posez vos sacs sur des palettes en bois pour les isoler du sol (la condensation du béton peut humidifier les sacs par le bas). Protégez-les des rongeurs avec des containers hermétiques. Vérifiez toujours l’odeur avant de servir : un aliment qui sent le rance ou le moisi ne doit jamais être distribué, car les mycotoxines qu’il peut contenir sont dangereuses pour le foie et le système immunitaire du cheval.
Que mange un cheval : Conclusion
Que mange un cheval ? Fondamentalement, beaucoup de fourrage de qualité, de l’eau propre en permanence, un accès libre à la pierre à sel, et des concentrés uniquement quand ses besoins ne peuvent pas être couverts par le seul foin. Ce socle simple est valable pour tous les chevaux, de la ponette/poulain de deux ans au vieux poney/cheval de 30 ans.
Les nuances viennent ensuite, selon que vous nourrissez un cheval qui travaille en compétition intensive, un cheval au pré menacé par la fourbure printanière, ou un vieux cheval dont les dents et la digestion ne sont plus celles d’antan.
Dans chaque cas, la règle reste la même : observer son cheval régulièrement, ajuster progressivement, et ne jamais hésiter à consulter un vétérinaire ou un nutritionniste équin dès que quelque chose vous semble anormal.
Bien nourrir les chevaux, c’est avant tout apprendre à les écouter.















